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Sur le Venezuela

By Elias D.

On 1/17/2026

Posted on politics

L’année 2026 commence tout comme l’année précédente a débuté: avec les yeux du monde rivés sur le continent américain. Investi le 20 janvier 2025, son président, Donald J. Trump, a lancé dans la nuit du 3 janvier 2026 une opération militaire sur le Venezuela. Celle-ci a consisté en plusieurs bombardement stratégique sur la capitale Caracas, ainsi que l’enlèvement son président, Nicolas Maduro. Plusieurs raisons sont invoquées par le gouvernement américain: Maduro serait à la tête d’un “narco-état”, possession d’arme de guerre, complot, et que bon, en gros, c’est un dangereux dictateur présentant un risque immédiat pour la sécurité du pays, faites-nous confiance.

Vraiment ? Tout ça ? Je ne connais pas grand chose du Venezuela, difficile pour moi d’émettre un jugement là-dessus. En revanche, je connais bien le président Donald J. Trump depuis son premier mandat. Et mon premier instinct, naïf, serait de me méfier de ce qu’il dit. J’ai donc pris le temps de me renseigner sur l’histoire entre ces deux pays afin d’y voir plus clair. Si Maduro était réellement un dangereux narco-terroriste, Donald J. Trump sauve encore probablement la face du monde !

Encore une histoire d’impérialisme

Lorsqu’on cherche à mieux comprendre les relations entre les États-Unis et le Venezuela, ou les pays d’Amérique du Sud plus globalement, on trouve rapidement une pierre angulaire qui explique pas mal de choses: la doctrine Monroe. Prononcée en 1823 par le Président des États-Unis de l’époque, James Monroe, cette doctrine dit une chose simple: les Amériques ne sont plus un espace colonial pour l’Europe. Oui, les Amériques, donc tout le continent américain. Au début, l’objectif est simple, garantir la sécurité des pays d’Amérique du Sud, encore sous force influence coloniale européenne. Mais bien vite, cette doctrine a servi comme prétexte aux Américains, ou plutôt aux Étatsuniens, de prendre pour chasse gardée le continent.

Concrètement, cela s’est matérialisé par de nombreuses interventions militaires américaines dans différents pays sud-américains et des Caraïbes. La doctrine Monroe aura finalement servi à cela: elle ne garantie pas la neutralité, mais uniquement à justifier à ce que personne, et surtout pas l’Europe, ne puisse s’opposer aux intérêts des États-Unis. Sous couvert de neutralité et de maintient de la paix, cette doctrine a finalement servi à des fins coloniales, en bref son exact opposé.

Le Venezuela, jusqu’aux années 1990, en était un des exemples des plus parlants. Durant une bonne partie du XXe siècle, le pays occille entre régimes autoritaires et gouvernements militaires. Au début des années 50, sous l’influence des États-Unis, la démocratie se stabilise. Son économie dépend alors largement du prix du pétrole, une ressource naturelle qu’elle possède en grande quantité. Cette stabilité initiale permet un fort développement du niveau de vie pour les vénézuéliens. Seul hic: les différents chocs pétroliers qui frappent le monde pendant cette période fragilise cette paix sociale relative.

Il faut dire qu’une bonne partie des gisements sont possédés et exploités par des entreprises américaines, comme Exxon et Shell. À cette période, 60% de l’industrie pétrolière vénézuelienne partaient à destination marché américain. Les richesses générées par le pétrole vénézueliens sont donc en grande parties captées par l’économie américaine, au dépend du peuple vénézuelien. Des nationalisations ont pourtant eu lieu, mais avec des contrats d’exploitations injustes. Il faut dire que les américains aiment bien “leur” pétrole. Ces injustices seront profondément comprises et subies par le peuple vénézuelien, qui élira Hugo Chavez.

C’est le président qui réformera le pays afin de limiter de manière radicale l’influence américaine sur le pays. Un peu trop peut-être, puisque les États-Unis soutiendront un coup d’état contre le chef d’état en 2002, qui aura échoué. Les tensions ne s’arrêteront pas là pour autant, puisqu’un fort blocus économique américain sera appliqué. En 2018, le Venezuela subissait plus de sanctions économiques de la part des États-Unis que la Corée du Nord.

Cela fait beaucoup d’éléments historiques, mais c’est important de mettre cela en contexte. L’humain est très fort pour prendre les choses pour acquises, y compris l’histoire, comme si c’était quelque chose de figé et que les conséquences en étaient digérés par tout le monde.

Donc, maintenant que j’ai un peu mieux creusé ces éléments, il me semble assez clair que ce n’est que la continuité d’un “plan”, d’une marche, d’une doctrine, d’une manière de penser. Les américains ont voulu toujours protéger leurs intérêts, et il est dans leur intérêt de contrôler le pétrole du Venezuela. “Leur” pétrole, comme l’a bien dit le Président Trump: “We’re getting our petrol back”.

Vu depuis la France ?

Les raisons invoquées sont au fond assez anecdotiques: elles l’étaient déjà pour la guerre en Irak, pour les guerres du Golfe, pour la guerre du Vietnam … Il parait que Maduro est un dictateur, mais le pétrole est encore une fois au coeur de toutes les tensions. Ce qui est défendu ici n’est pas la paix, la stabilité ou la sécurité. Enfin, si, la paix des marchés financiers, la stabilité de l’influence américaine dans la région, et la sécurité pour Donald Trump de dérouler son agenda impérialiste sans aucune gêne. Il faut dire que les réactions du monde ne se sont pas faites entendre.

Au fond, ce que fait Donald Trump, personne ne devrait s’en étonner, ni même s’en offusquer. Est-ce que c’était vraiment LA goutte d’eau qui allaient prouver à ceux qui n’en étaient pas déjà convaincus de sa volonté de durcir l’impérialisme américain ? Non, bien au contraire, les fanatiques le seront davantages, et ceux qui s’opposent continueront à s’opposer à lui.

Enfin je crois, j’hésite encore. Il faut dire qu’en France, j’ai l’impression que tout le monde hésite encore. Je vois beaucoup de gens fascinés par Donald Trump, par sa force d’action, par sa capacité à mettre en mouvement des choses qui semblent improbables, inédites. On se dit que sans doute que bien dirigée, cette force peut être salvatrice, puis au moins ça change les choses, on essaye, on est pas dans l’immobilité. Je peux comprendre ce sentiment, et je trouve parfois qu’on manque de cela dans les politiques respectables françaises.

En revanche, j’ai beaucoup plus de mal avec l’hypocrisie qui consiste à dire que Trump est fou, dangereux et instable. Je crois au contraire qu’il est la version assumée de ce que beaucoup de forces impérialistes rêveraient d’être, la France en premier. Je pense que ce n’est pas vraiment l’espace pour développer l’histoire de l’empire colonial français, mais les exemples ne manquent pas. Notre gouvernement actuel n’y manquera pas: la France condamne l’opération tout en rappelant la dangerosité supposée de Maduro.

C’est cette hypocrisie, à mi-chemin entre condamnation partielle des actes mais passivité quand il faut donner conséquences de ces actes, qui m’énerve au plus haut point. J’ai presque l’impression qu’on est en train de dire, collectivement, en tant que pays: “on aime bien ce que vous faites, mais soyez plus discrets, vous faites trop de bruit”.

Que faire ?

Quand on me demande ce que je pense de tout ça, les questions sous-jacentes posées me semblent être les mêmes que dans beaucoup de conflits internationaux du même style: condamnes-tu l’impérialisme ? soutiens-tu la colonisation ? respectes-tu la souveraineté des peuples ? Pour moi, les réponses sont évidemment non, non et oui, mais j’ai l’impression que ces questions ne sont que trop partielles, trop rhétoriques. Moi j’aimerais demande: est-on prêt à combattre toutes les formes d’impérialismes, celles commises par notre pays en premier sur la liste ? Est-on prêt à réellement couper avec notre passé colonial, sur tous ses aspects ? Est-on prêt à respecter la souveraineté des peuples voisins, particulièrement quand celle-ci nous échappe ? Pour moi, les réponses restent oui, pour certains ce seront des non assumés, mais beaucoup se positionnent dans l’hésitation et l’hypocrisie.

Pourtant, cet entre-deux inconfortable est précisément ce qui nous rend, la France, l’Europe, ridicule. Assumons que nous souhaitons redevenir la puissance impériale qu’on a toujours été, ou donnons-nous vraiment les moyens d’imposer une vision du monde plus juste pour tous les pays face à ce genre d’agressions. Je préfère une agressivité assumée qu’une respectabilité de façade, mais je ne pense pas qu’on verra ce genre de positionnement en 2026. Et si je devais parier, probablement que je commencerais l’année 2027 avec un article sur l’invasion américaine du Groenland.